Ces phrases qu'on ne veut plus entendre

  


Quand on est parent, il semblerait qu’on devient plus sensible.
En tout cas, quand cela concerne notre enfant. Et pour moi, parent d’enfant extraordinaire, - qui, à en croire mes amis, avait déjà une sensibilité particulière, voire une grande susceptibilité -, il y a simplement des phrases que je ne veux plus entendre. Que je ne peux plus entendre. Et, en discutant avec d’autres parents qui vivent des situations similaires, j’ai pu dresser une liste de ces phrases que l’on nous dit bien trop souvent. Le pire, c’est que dans la plupart des cas, elles ne sont pas malintentionnées. Juste irréfléchies.

 


Ce que vous dites :  « Il a l’air normal/tous les enfants font ça »

Ce qu’on entend : "T’es un menteur, ton enfant n’a pas de souci."

Cela ne part pas d’une mauvaise intention pourtant. Vous cherchez à me rassurer. Mais un enfant n’a pas besoin d’avoir l’air « anormal » pour être différent.
Et avoir l’air normal, ce n’est pas un compliment.
Devoir justifier que mon enfant est différent, en listant tout ce qui ne va pas, c’est dur. Et c’est lassant. Si je vous confie que mon enfant est différent, c’est que je vous fais suffisamment confiance. Faites-moi confiance aussi. Et oui, tous les enfants ont besoin de rituels, tous les enfants pleurent quand ils ne savent pas comment s’exprimer autrement. Mais peut-être que si je vous parle de ça, c’est que mon koala en a juste besoin un peu plus que les autres.

Ce qu’il faudrait dire : "Il fait des progrès, c’est fabuleux !"

 


Ce que vous dites : « Je ne pourrais jamais faire ce que tu fais »

Ce qu’on entend : « Ma pauvre, heureusement que ça ne m’est pas arrivé, à moi »

Je sais bien que vous voulez me tendre la main en me disant cela. Vous reconnaissez mon boulot de mère/soignante/aidante familiale.
Mais, dire que vous ne pourrez jamais faire ce que je fais ? Eh bien, en fait, vous n’en savez rien. Comme moi, je n’en savais rien non plus avant que cela m’arrive. Et peut-être bien que j’aurai eu de l’admiration aussi pour les parents d’enfants extras, (et j’en ai encore), et que je me serais dit la même chose. Mais, avec du recul, je me dis que si. Tout le monde pourrait faire ce que je fais. Parce que je ne l’ai pas choisi. J’ai choisi d’avoir un enfant, de l’aimer et de le protéger toujours. Mais les consultations, les hospitalisations, les crises d’angoisse, la communication en signes, les thérapies, non. Et si vous étiez à ma place, vous n’aurez pas eu le choix non plus.

Ce qu’il faudrait dire : "Bravo pour ce que tu fais !"

 

 

Ce que vous dites : «  Ça a l’air d’aller quand même, non ?/Il se développe bien quand même, non ? »

Ce qu’on entend : "Arrêtes de te plaindre, il y a pire dans la vie."

Ah, le fameux « quand même » ! Que le parent d’enfant différent que cette expression ne dérange pas lève le doigt. Le « quand même », il est interdit. Stop.
Il n’y a pas de « quand même » qui tienne. C’est condescendant et vexant. Pour nous, les parents, car cela sous-entend que nous dramatisons les choses, et que nous n’arrivons pas à voir les progrès et qualités incroyables de notre propre enfant. Mais pour notre enfant aussi, car s’il progresse aussi bien, c’est qu’il a surmonté une montagne d’obstacles pour y parvenir. Vous ne savez pas tout ce qu’a vécu et vit notre enfant, ce chemin périlleux qu’il a parcouru pour en arriver là où il en est aujourd’hui. S’il a « l’air d’aller bien quand même », c’est peut-être qu’aujourd’hui,, c’est une bonne journée pour lui. Qu’il a réussi à dormir la nuit dernière. Et qu’il peut se sentir vivre comme tout le monde. Évidemment que toutes les situations sont différentes, et que chacun a ses difficultés. Il y aura toujours pire. Mais c’est à nous d’en juger, pas à vous.

Ce qu’il faudrait dire : "Il dort bien en ce moment ? Il mange bien ? Il aime jouer à quoi ? Il a fait de sacrés progrès !"

 


Ce que vous dites : « J’avais un ami/un cousin qui avait un enfant handicapé/avec une maladie rare aussi. Il est décédé. »

Ce qu’on entend : "Je comprends ce que tu vis car je suis passé par là, mais ils sont foutus d’avance."

Bon, on n’va pas y passer par quatre chemins : la plus grande angoisse que l’on a en tant que parent d’enfant différent, c’est la mort. On y pense souvent mais on en parle pas. Et on ne veut pas y penser ou en parler d’ailleurs. Je suis désolée pour votre ami ou votre cousin, mais je ne veux pas le savoir. Et cela ne nous apporte absolument rien de le savoir. Au contraire, cela nous rappelle la fragilité de notre enfant, cela rajoute une couche à notre angoisse. Et puis, rappelons-le, parce que cela n’est pas clair pour tout le monde apparemment : nous sommes tous différents. Avec ou sans handicap, oui. Mais il n’y a pas deux handicaps pareils. C’est non-seulement simpliste de réduire une personne à son handicap, mais c’est aussi absurde de le comparer à un autre.

Ce qu’il faudrait dire : "J’avais un ami/cousin qui avait un enfant handicapé, je peux comprendre un peu ce que vous vivez." Point.

 


Ce que vous dites : «  Tu fais quoi de tes journées du coup ? »

Ce que j’entends : "C’est cool de ne pas travailler quand même, non ?"

Je suis toujours très étonnée de cette question. Et pourtant, on me la pose - bien trop - souvent. Est-ce de la maladresse ou de l’ignorance ? J’ose espérer que c’est de la maladresse, et que mon interlocuteur s’intéresse réellement au déroulé de mes – nos – journées. Mais je suspecte qu’en réalité, il se demande réellement si je me tourne les pouces dans ma journée, si je ne m’ennuie pas trop avec mon enfant. Alors, je me sens obligé de me justifier, encore et toujours. Je vais même jusqu’à décrire une journée type parfois, simplement pour clouer le bec. Mais cela au risque d’attiser sa pitié. Et alors ça, vraiment, j’en veux pas. Mais si l’ignorance était là au départ, c’est que la pitié ne vient pas loin derrière. Il faudrait s’abaisser à son niveau pour le savoir.

Ce qu’il faudrait dire : "Tu as besoin d’aide avec quelque chose ? J’ai un peu de temps libre. Je peux te faire quelques courses/un peu de linge/jouer avec ton enfant pour que tu puisses passer l’aspirateur."

 


Ce que vous dites : « Je connais un super magnétiseur/ t’as essayé de supprimer le gluten ? »

Ce qu’on entend : "Ce n’est pas très grave cette maladie, c’est surtout dans la tête."

Je n’ai rien contre les magnétiseurs, les thérapies holistiques et tout ce tralala.
Je suis convaincue que vous avez réussi à soigner votre douleur du coude grâce à ce super monsieur. Et j’en suis ravie pour vous. Mon enfant, en revanche, n’a pas juste mal au coude. Il est malade. Et cela fait parti de lui. Et si je ne vous ai pas parlé de magnétiseur, c’est que cela ne m'intéresse pas. Les effets de mode ne me parlent pas non plus. Je respecte vos croyances, respectez mes non-croyances.

Ce qu’il faudrait dire : "Vous êtes intéressés par les thérapies alternatives ?"

 


Ce que vous dites : «Il est autiste/retardé/attardé/mongol/triso »

Ce qu’on entend : "Il est aussi bête que ton enfant."

Malheureusement, on entend bien souvent ce type de phrase, prononcé pour décrire une personne absente de la conversation. Avec un petit "un peu" devant le terme pour un semblant de politiquement correct. Et oui, ce genre de phrase, c’est souvent dit sur le ton de la rigolade. Mais, ce n’est pas drôle.
Et alors, je vais vous apprendre quelque chose : Autiste, débile, attardé, trisomique, ce ne sont pas des insultes. C’est vous qui utilisez les noms des maladies de nos enfants, qui les détournez pour en faire des insultes. En faisant cela, vous insultez nos enfants. Et vous nous insultez nous. Il faut absolument supprimer l’utilisation de ces termes-là dans le dico des gros-mots des cours de récré. Car c’est là que ces attitudes moqueuses, humiliantes, dénigrantes, naissent. Nous sommes fiers de nos enfants différents, et c’est à cause de phrases comme celles-ci que l’on apprend à la société qu’il faut en fait rire de nos enfants, et en avoir honte.

Ce qu’il faudrait dire : "Il est con/stupide/grossier/méchant..." Bref, ouvrez un dictionnaire.

 

 

Ce que vous dites : « Tant qu’il est en bonne santé »

Ce qu’on entend : "Si ton enfant est malade, ça sera invivable."

J'entends souvent cette phrase type adressée à une femme enceinte de mon entourage. Eh bien, vous savez quoi ? Il y a des enfants qui ne sont pas en bonne santé. Pourtant, ils sont heureux. Et leurs parents sont les parents les plus épanouis du monde, grâce et malgré la santé fragile de leurs enfants. Avoir un enfant porteur de handicap, atteint d’une maladie rare, ou plus généralement différent, c’est une chance. Dire à votre amie enceinte que le plus important, c’est que son bébé soit en bonne santé, c’est me dire, à moi, que je n’ai vraiment pas de chance.

Ce qu’il faudrait dire : "Tant que vous êtes heureux."

 


Ce que vous dites : « C’est pour quand, le deuxième ? »

Ce qu’on entend : "Vous n’avez pas envie d’en avoir un normal ?"

J’ai déjà posté un billet à ce propos la semaine dernière (à lire ICI).

Ce qu’il faudrait dire : Rien. Intéressez-vous à notre enfant, c’est lui qui compte pour nous.

mis à jour le 18 Juillet 2016 à 21:11

9 commentaires | Voir les commentaires |  Laisser un commentaire

Milla le 22 Décembre 2016 à 22:34

J'admire votre façon d'écrire, j'aime votre façon de décrire aussi. Toutes les situations que vous évoquez, je les partage avec vous....Ma fille est porteuse d'une trisomie 21, et j'ai entendu également les remarques blessantes. Dans le milieu professionnel aussi, j'entends des adultes traiter de "gogol", et dire aussi à des élèves qu'ils devraient être scolarisés en établissement spécialisé... Bref, le chemin est long avant que les choses ne changent... Les gens décidément ne savent pas faire preuve d'empathie, ou bien leur cœur sont fermés, ou bien font ils preuve...d'égoïsme... J'ai même de la famille qui s'est éloignée de nous... car la trisomie ça s'attrape, le handicap c'est trop insupportable pour eux... Heureusement, il existe des gens... biens, enfin très peu...en fait. Mais grâce à nos enfants extraordinaires nous savons reconnaître les Humains, les vrais, ceux qui nous sourient, ceux qui parlent normalement à notre enfant, qui lui reconnaissent une place dans notre société. Je partage la douleur ressentie face aux nombreux affronts verbaux auxquels nous faisons face, je partage votre exaspération face à la bêtise de certains. Merci pour votre remarquable et exemplaire exposé qui recense toutes les situations déstabilisantes que nous rencontrons nous parents d'Enfants Extraordinaires ! Soyons fières de nous, nous sommes fières de nos enfants !

AF le 20 Juillet 2016 à 10:18

courage et beaucoup d'amour xxx

AF le 20 Juillet 2016 à 10:17

Je reconnais un peu ces frustrations, et ce colère, même si elle est à un autre niveau, et il n'est pas comparable.
Je reconnait surtout quelques mots & phrases, oui, parfois maladroite, parfois juste bête, et oui, parfois même un peu méchants.
En tout cas, des gens avec ces remarques ne se réalisent malheureusement pas l'impact de leurs remarques.Je pense que, si ils le savaient, ils réfléchiraient à deux fois.....
On peut essayer d'expliquer et d'éduquer les gens, et dans ton petit cercle, pas toujours facile, mais il vaut vraiment la peine, et cela pourrait être surement possible.
Mais, en gros, dans la vie quotidienne, ça ne changerai pas.
Donc, il faut trouver les moyens pour de faire face à ces situations, et surtout, ne laissez pas ces remarques toute bêtement

Maman Active le 18 Juillet 2016 à 21:27

Je suis bien d'accord LTLP ! Heureusement qu'il n'y a que très peu de cons qui lisent ce blog... ;-)

Maman Active le 18 Juillet 2016 à 21:25

Oui Allychachoo, je pense que c'est une des pires phrases aussi ! Et sûrement une de celles qui est dite dans la meilleure des intentions. ;-)

Maman Active le 18 Juillet 2016 à 21:23

Merci pour votre commentaire Amélie, c'est très juste. Ca n'a aucun sens de parler de normalité ou d'anormalité. C'est aussi pour cela que j'aime beaucoup le terme "extraordinaire" pour parler de nos enfants. A bientôt !

LTLP le 18 Juillet 2016 à 15:36

Le plus souvent c’est juste très maladroit, les gens essayent de comprendre à leur niveau (et c'est malheureusement valable pour tout un tas de sujets délicats)
Et oui, parfois, c’est juste con.
Et rien ne sert de faire des listes pour ceux-là… car « les cons ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît » :-))
(même si on est tous le con de quelqu'un…)

Allychachoo - Famille en chantier le 18 Juillet 2016 à 12:30

Le "Il se développe bien quand même" m'épuise à longueur de temps... Je sais que ça part d'un bon sentiment, mais je n'en peux plus. Oui, "quand même", il évolue bien. Mais non, te faire sentir que ça aurait pu être pire n'est pas le meilleur message à faire passer à des parents d'enfants différents...

Amelie le 18 Juillet 2016 à 09:54

Il manque LA remarque principale.
L'utilisation du mot "normal" au lieu du mot "ordinaire". Les enfants pas oraux mais ordinaires, l'école pas normale mais ordinaire,etc. ...
malheureusement, même certains parents d'enfants en situation de handicap utilisent ce terme, qui sous entend pourtant que meurs propre enfants sont anormaux ou pas normaux.
et après tout, qui souhaite réellement que son enfant soit normé à 100%?

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