Ces gros mots qui n'en ont pas l'air



Un gros mot, selon le Larousse, c’est une « parole ou un acte qui offense, qui blesse la dignité ». Nous savons tous quels sont ces mots types à ne pas employer devant nos enfants si nous ne voulons pas qu’ils les prononcent eux-mêmes. Qui n’a jamais entendu un parent dire à son enfant : « non, on ne dit pas ça, c’est un gros mot » ?

Et pourtant, nous-mêmes, en tant que parents, nous utilisons sans cesse des gros mots qui, loin de donner l’impression d’offenser, font en réalité bien pire que cela : ils blessent la dignité de nos propres enfants. Ce sont des mots traîtres, des expressions tellement ancrées dans notre système d’éducation que nous n’y faisons même plus attention. En modifiant ne serait-ce que ces cinq petits termes ou tournures de phrases dont je vais parler ici, nous respecterons bien plus nos enfants, et nous faciliterons la communication avec eux. A la lecture de livres d’Isabelle Filliozat notamment, ou d’Adele Faber et Elaine Mazlich, je me suis vite rendu compte que parfois, la communication peut être facilitée entre parents et enfants en se souvenant de ne pas employer ces gros mots…


Bêtise

En voilà un mot qu’on entend partout. « Ça, c’est une bêtise », « tu fais des bêtises », « arrête tes bêtises », etc. Le petit met sa main dans son assiette ? Bêtise. Sa sœur dessine sur le mur ? Bêtise. Le bébé qui vient tout juste d’apprendre à marcher tente de grimper sur la table ? Bêtise. Ce terme un peu fourre-tout simplifie la vie de bien des parents, mais est très compliqué pour un enfant qui l’entend parfois déjà depuis qu’il est bébé ! Mais, qu’est-ce que c’est, au fait, une bêtise ? On retourne à notre bon vieux Larousse, et on jette un œil sur la première définition :     « Manque d'intelligence ou de jugement ; stupidité ». Ah oui, quand même ! En gros, on est en train de dire que notre enfant est stupide… Mais voilà, même si on laisse de côté la signification même du mot, l’important est que l’enfant ne s’y retrouve plus. Parmi toutes les choses qu’il explore, toutes les découvertes, tous les jeux qu’il initie, il y a forcément ceux que maman ou papa vont appeler bêtises. Est-ce si bête d’explorer, de vouloir découvrir la sensation de l’eau sur les mains, le goût du sable dans la bouche ? Ne devrait-on pas plutôt se réjouir de la curiosité de nos enfants ? Se demander d’abord « Pourquoi cela me dérange-t-il au fait ? » Et si, vraiment, notre enfant fait quelque chose qui nous dérange, il serait bien plus simple de l’exprimer clairement. Pour nous, car nous comprendrons nous-mêmes pourquoi cela nous dérange, et pour lui, qui pourra enfin saisir que ce qu’il est en train de faire peut lui être nuisible ou déranger ses parents. En action, cela pourrait ressembler à des phrases du style : « Je préfère que tu manges avec la cuillère car tu vas salir ton t-shirt blanc ». (Quelle idée de manger avec un t-shirt blanc aussi !)


Sage

 « T’as été sage ? » En voilà une question compliquée, connotée de jugements d’adulte. Selon l’adulte, l’enfant « sage », c’est celui qui ne fait pas de bruit, qui ne touche à rien, qui ne bouge pas trop et reste bien à sa place. En somme, un enfant « sage », c’est un animal domestique, bien élevée, qui ne réagit que si on lui demande de réagir. C’est une manière de réduire l’enfant, d’oublier que c’est un être humain qui a besoin d’explorer, d’être encouragé, de s’exprimer. 


Sale caractère

Est-ce vraiment nécessaire d’identifier les personnalités de nos enfants d’une manière négative ? Au lieu de se réjouir du caractère affirmé de nos enfants, nous les critiquons devant les autres (et souvent devant eux), au risque de les inciter à se sentir mauvais.


Obéir

Isabelle Filliozat disait qu’obéir, c’est dangereux, et faisait référence aux attitudes ou actes inimaginables que peuvent adopter les personnes qui « obéissent ». Une personne de qui l’on attend qu’elle obéisse, c’est donc en réalité une personne soumise. Voulons-nous vraiment que nos enfants deviennent des adultes soumis ? Est-ce que c’est ce que nous recherchons ? Non. Nous désirons tous que nos enfants deviennent des adultes indépendants, qui osent s’exprimer, qui savent prendre des décisions et être assertifs. Voilà une bonne raison de ne pas employer le terme « obéir » lorsque nous leur parlons ou que nous parlons d’eux.


Tu es fatiguant/pénible/énervant/casse-pieds/capricieux/etc

Juger un enfant sur ses actes, en lui attribuant un trait de caractère négatif, c’est une bien mauvaise habitude que nombre de parents avant nous ont fait. Pourtant, il est bien évident que cela est néfaste pour les enfants. Ces mêmes enfants qui ne cherchent qu’à être aimé, et ont toutes les bonnes volontés du monde. S’ils agissent d’une manière inappropriée selon le parent, pourquoi ne pas expliquer que ce comportement n’est pas correct ? Les enfants ne peuvent pas comprendre le second degré et prennent bien souvent ces insultes au sérieux. Quand on dit à son enfant « tu es casse-pieds », il entend bien d’autres choses et peut ressentir une réelle souffrance (« mes parents ne m’aiment plus » par exemple).


L'ouvrage Tout se joue avant six ans du Dr Fitzhugh Dodson est une référence importante en ce qui concerne la construction du concept de soi de l'enfant, c'est-à-dire l'image mentale que l'enfant a de lui-même. Ce sont les parents, les premières années de la vie de l'enfant, qui construisent ce concept de soi, fondamental, avec lui. En utilisant des termes négatifs pour parler de son enfant, on lui apporte un concept de soi souvent bien différent de celui qu'on aimerait qu'il ait.


Il n’est pas facile de changer ses manières de parler ou son vocabulaire du jour au lendemain, mais de nombreuses approches éducatives ont démontré que c’est bénéfique pour l’enfant, pour sa confiance en lui, et pour la relation entre le parent et l’enfant. 


Photo : M. Hélias

publié le 31 Août 2014 à 10:00

6 commentaires | Voir les commentaires |  Laisser un commentaire

lemoine le 01 Octobre 2014 à 20:35

j'ai lu livre tout se joue avant 6 ans et il est évident que si l'on dit à un jeune enfant à longueur de journée vilain, sale , méchant ; il finira par le devenir

Andrea Frances le 01 Septembre 2014 à 14:31

C'est logique.......

Maman Active le 31 Août 2014 à 15:27

Avec plaisir Julie ! ;-)

Maman Active le 31 Août 2014 à 15:27

Merci pour l'astuce Eugénie, je ne manquerais pas de le lire !

eugenie le 31 Août 2014 à 13:50

Dans le même esprit j'ai lu "l'homme qui voulait être heureux" de Laurent Gounelle, très bonne leçon que de voir l'importance des mots dans notre société, les mots peuvent faire tellement de dégâts...

Julie le 31 Août 2014 à 12:42

je n'avais jamais réfléchi à ce genre de choses, merci

Recevez les actualitées

Annonces

Aucune annonce